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« Destins transatlantiques : Cherbourg, Le Havre »

Exposition du 11 juillet au 23 août 2026.

Informations et billets

Fin 1932, les travaux de la nouvelle Gare Maritime Transatlantique de Cherbourg sont presque terminés. Les rails des trains sont posés, le Quai de France a été inauguré, les 74,52 mètres du Campanile ont intégré le paysage cherbourgeois depuis plus d’un an et, à l’intérieur, l’aménagement des halls et salons est réalisé avec soin par l’Atelier Marc Simon.

Le service transatlantique sera transféré dans la nouvelle gare le 1er juin 1933, mais une escale imprévue va permettre de tester les nouvelles infrastructures portuaires dès le mois de décembre 1932.

Carte postale du paquebot De Grasse
Le paquebot De Grasse de la Compagnie Générale Transatlantique

 Le De Grasse, paquebot de la Compagnie Générale Transatlantique, vient faire escale à Cherbourg le 20 décembre. Les dockers de son port d’attache – Le Havre – sont en grève. La Compagnie Générale Transatlantique a donc décidé de faire partir son paquebot de Cherbourg.

Pour préparer l’escale, de nombreux ajustement sont réalisés pendant les 3 jours qui précèdent l’arrivée du paquebot :

  • les locaux sont nettoyés,
  • les magasins autour du hall sont fermés,
  • des dépôts de marchandises sont préparés,
  • le quai est nivelé,
  • une ligne électrique est installée,
  • des éclairages sont fixés sur les façades de la gare, sur les grues, les passerelles, dans la salle des pas perdus, la voie charretière et toutes les zones où doivent passer les passagers.

20 décembre : l’arrivée du De Grasse

Le 20 décembre, tout est prêt pour l’arrivée du De Grasse. Le paquebot a quitté Le Havre à 16h15. À 20h30, il arrive à Cherbourg et mouille dans la rade en attendant l’heure fixée pour son arrivée à quai. Malgré l’heure tardive, une foule d’observateurs est massée sur les galeries de la Gare Maritime Transatlantique et sur le Quai de France.

La manœuvre est scrutée avec intérêt par de nombreuses personnalités : l’architecte René LEVAVASSEUR, le sous-directeur de l’armement PAOLETTI, le Président de la Chambre de Commerce Camille Théodore QUONIAM, un des directeurs de la Compagnie Générale Transatlantique, monsieur BOUET-RIVET…

L’évènement attire aussi les représentants parisiens de nombreuses compagnies maritimes : White Star Line, Cunard Line, North German, Lloyd Hamburg… Tous observent ce premier test grandeur nature des équipements du port en eaux profondes de Cherbourg.

La Gare Maritime Transatlantique – éclairée pour la toute première fois – attend l’arrivée du géant.

Le De Grasse se met en marche à 23 heures. Le paquebot est précédé et suivi par deux remorqueurs : L’Abeille 22 et le Minotaure, spécialement affrétés par la Compagnie Générale Transatlantique. Mais les deux navires ne sont pas sollicités par le commandant THOREUX ou par le pilote cherbourgeois PIGNOT. Et 25 minutes plus tard, le De Grasse est amarré à quai.

Je ne connais pas un quai plus facilement accessible que le vôtre. 

Commandant THOREUX

Le Commandant accueille à bord la délégation des personnalités pour une rapide visite.

Escale du De Grasse au Quai de France © Collection CCI Ouest Normandie
L'escale du De Grasse au Quai de France, 1932 © Collection CCI Ouest Normandie

21 décembre : le départ

La journée du 21 décembre 1932 est consacrée au déchargement et au chargement du De Grasse. Pour mener à bien ces opérations, Émile POSTEL, agent maritime de la Compagnie Générale Transatlantique à Cherbourg, organise le travail. Il dispose de 17 heures pour débarquer 350 tonnes de marchandises et en embarquer 150 autres.

Les deux opérations ont lieu simultanément. Le Comptoir Cherbourgeois des Charbons de soute et de manutention met à contribution son personnel et recrute également des dockers professionnels. 4 grues de la Gare Maritime Transatlantique sont utilisées.

Les marchandises les plus diverses quittent le navire : machines agricoles, fruits, fromage, pièces détachées, cuivre… À leur place, 150 tonnes de produits français sont embarquées sur le De Grasse à destination des États-Unis. Plus de la moitié de ce chargement – 80 tonnes – est constitué de Roquefort !

À 20h31, avec une avance de 2 minutes, le train spécial en provenance de Paris entre dans le Hall des Trains de la Gare Maritime Transatlantique. À bord, 50 passagers de classe cabine : les autres voyageurs sont arrivés au cours de la journée par train régulier et sont descendus à la gare ferroviaire. Ils quittent leurs compartiments et inaugurent à leur tour la Gare Maritime Transatlantique.

Bagages et colis sont transportés à l’aide des monte-charges tandis que les passagers gravissent les escaliers de pierre pour accéder aux salons d’attente et découvrir les vastes espaces qui leur sont réservés.

La Compagnie Générale Transatlantique a fait venir du Havre certains de ses employés pour participer aux contrôles d’usage : police, douane, passeports… Ces formalités terminées, les passagers embarquent sur le De Grasse grâce aux passerelles mobiles.

De nombreux curieux sont présents pour assister au départ du paquebot et, comme la veille, la manœuvre s’effectue en une vingtaine de minutes.

Paquebot De Grasse © Archives nationales du monde du travail, Fonds de la Compagnie générale transatlantique
Paquebot De Grasse © Archives nationales du monde du travail, Fonds de la Compagnie générale transatlantique

À 23 heures 45, le paquebot de Grasse quittait le quai avec la même facilité qu’il y était venu accoster la veille. Il évitait, en petite rade, avec l’aide de ses deux remorqueurs. Le beau vaisseau lumineux gagnait la grande rade sans hésitation et à minuit huit, sa claire silhouette était visible dans la passe du Homet, puis disparaissait vers le large. Il vogue vers New York, son capitaine, ses passagers, son équipage, emportent la vision du bel ouvrage dont ils ont inauguré la mise en service. 

Cherbourg-Eclair, 14 décembre 1932

Un succès total

Le départ du De Grasse marque la fin de l’inauguration officieuse de la Gare Maritime Transatlantique, du Quai de France, et de l’ensemble des nouvelles infrastructures du port de Cherbourg. Les observateurs sont unanimes : l’escale est un remarquable succès.

Le nouveau port en eau profonde est parfaitement adapté aux escales à quai des plus imposants paquebots.

Quoi qu’il advienne maintenant, le souvenir du De Grasse de la CGT restera cher aux Cherbourgeois, puisque c’est lui qui, inopinément à coup sûr, eut l’honneur d’inaugurer, en tant que grand paquebot, les grands travaux du nouveau grand port français.

Ouest Éclair, 21 décembre 1932
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Profil de l'auteur
Rozenn POUPON

Documentaliste à la Médiathèque de La Cité de la Mer

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