« Destins transatlantiques : Cherbourg, Le Havre »
Exposition du 11 juillet au 23 août 2026.
Juin 1944, face à l’avancée des troupes alliées, l’armée allemande décide de détruire l’essentiel des installations portuaires de Cherbourg. La rade est minutieusement minée, les quais sont détruits, l’emblématique Campanile de la Gare Maritime Transatlantique est dynamité…
Les troupes américaines déblaient, déminent, et le port – à défaut d’être reconstruit – est remis en état de fonctionnement dès novembre 1944.
Il est restitué aux autorités civiles française le 14 octobre 1945 mais il faut attendre 1946 pour revoir les paquebots à Cherbourg. Le Quai de France et la Gare Maritime Transatlantique ne sont pas opérationnels pour accueillir des voyageurs, les paquebots feront donc à nouveau escale dans la rade.
Le 4 mai 1946, l’escale de l’Ile de France de la Compagnie Générale Transatlantique marque le grand retour des transatlantiques. Ce paquebot de la Compagnie Générale Transatlantique est normalement affecté au port du Havre mais les infrastructures portuaires de la ville ne sont pas assez opérationnelles pour accueillir un si grand navire.
Des premières escales… sans passagers
Dès le 14 avril 1946, l’Ile de France effectue une escale à Cherbourg. Mais le paquebot ne transporte pas de passagers. En provenance d’Halifax – Canada, il débarque 219 membres d’équipage tandis que 60 autres montent à bord.
Un passager un peu particulier est tout de même du voyage : Pierre LAURE, Directeur Général de la Compagnie Générale Transatlantique. Mais il est le seul « voyageur » à bord. L’Ile de France est encore utilisé comme transport de troupes et ses aménagements intérieurs reflètent encore ce rôle en temps de guerre.
L’Ile de France réalise une seconde relève d’équipage le 27 mars 1946.
Samedi 4 mai 1946 : le retour des passagers
Le 4 mai 1946, les Cherbourgeois les plus matinaux découvrent la silhouette de l’Ile de France dans la rade. Le paquebot est arrivé à Cherbourg à 4 heures du matin.
Quelques jours plus tôt, il débarquait à Boston 7 000 soldats, en route vers leur foyer. À peine 48 heures plus tard, l’Ile de France s’était transformé pour accueillir les passagers.
Cherbourg-Eclair, 6 mai 1946Les tables étaient fleuries, bar et fumoir offraient un cadre reposant et sympathique. Bref, c’était déjà l’atmosphère de la « French Line » que l’on avait voulu recréer, et les passagers y ont été très sensibles.
Dans la rade de Cherbourg, 142 passagers et 46 hommes d’équipage débarquent. Parmi eux, plusieurs passagers de marque : le consul général de France à Kobé Pierre DEPEYRE, le consul de Belgique Maurice MARRA-GOU, le compositeur Victor SEROFF ou encore le producteur de films Abraham HOURVITCH.
Émile POSTEL, représentant de la Compagnie Générale Transatlantique à Cherbourg, veille au bon déroulement de l’escale et à 9h37, l’Ile de France quitte Cherbourg. Le paquebot part pour Southampton.
En 1925, Marc SIMON obtient un prix d’honneur lors de l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes pour la décoration de l’appartement de Luxe « Fontainebleau » du paquebot Ile de France.
L’Atelier Marc Simon réalise les aménagements intérieurs de nombreux paquebots…et la décoration de la Salle des Pas Perdus et du salon privatif de la Gare Maritime Transatlantique de Cherbourg !
La première d’une longue série
Après cette première escale, le paquebot de la Compagnie Générale Transatlantique revient en moyenne une fois par mois à Cherbourg.
Le 4 décembre, une cargaison remarquable est chargée sur le paquebot : champagne, châtaignes d’Italie, dentelle de Calais, fromages, gants… L’exportation de fromage est de nouveau permise vers les États-Unis et 270 tonnes de Roquefort sont également chargées sur le paquebot.
Le trafic commercial reprend et, avec lui, les grandes traversées transatlantiques.
Certaines escales voient des passagers prestigieux embarquer à Cherbourg. Le 13 novembre 1946, le boxeur champion de France Marcel CERDAN embarque sur l’Ile de France. Deux ans plus tard, il devient champion du monde.
L’Ile de France n’abandonne pas totalement son rôle de transport de troupes. Le 12 juillet 1946, il est chargé du rapatriement de 5 700 soldats malgaches et de 1 500 tirailleurs sénégalais venus combattre en Europe pendant la Seconde Guerre Mondiale.
Le ministre de la France d’Outre-Mer Marius MOUTET se rend à Cherbourg pour l’occasion.
Ouest France, 13 juillet 1946De la passerelle, le ministre adressa le salut du Gouvernement aux vaillantes troupes coloniales qui se battirent héroïquement pour la libération de la France. M. Ravoa Hangy répondit au nom de toutes les troupes massées sur le pont. Il dit la joie de tous ces soldats de repartir vers la terre natale et remercia M. Moutet d’avoir mis l’Ile de France à la disposition des rapatriés.
Les dernières escales
Le 21 avril 1947, l’Ile de France rejoint Saint Nazaire pour une refonte totale : une des 3 cheminées est supprimée, les deux autres redessinées. Les aménagements intérieurs sont modernisés et de nouveaux espaces installés : une piscine, une salle de spectacle, un salon baptisé « Café de Paris ».
En 1949, la Maison Noyon de Cherbourg collabore au réaménagement du paquebot et notamment à la création du mobilier de la Salle de jeu de 1re classe.
L’Ile de France reprend son service le 21 juillet 1949. Sous sa nouvelle apparence, il effectuera encore quelques escales à Cherbourg dans les années 1950.
Documentaliste à la Médiathèque de La Cité de la Mer





