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La Gare Maritime Transatlantique de Cherbourg
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Les premiers transatlantiques

Traverser l’océan Atlantique et rejoindre le Nouveau Monde a longtemps été un défi. Pendant des siècles, seuls les frêles voiliers étaient soumis aux dangers de l’océan.

Les passagers et membres d’équipage effectuaient un voyage de plusieurs semaines dans des conditions de confort et d’hygiène déplorables.

Puis, la révolution industrielle et son lot d’innovations comme la machine à vapeur a posé les jalons d’un nouveau type de navire robuste et rapide, capable de transporter de nombreux passagers mais aussi les marchandises et le courrier postal : le paquebot.

1838, le Great Western traverse l’Atlantique en 15 jours © Domaine Public
1838, le Great Western traverse l'Atlantique en 15 jours © Domaine Public

Le 22 avril 1838, le Sirius est le premier navire à propulsion mixte à traverser l’Atlantique en 18 jours.

Mais le lendemain, le Great Western, premier bateau à vapeur à traverser l’Atlantique. Il embarque 148 passagers et des marchandises. Il relie Bristol à New York en 15 jours et demi. Il effectue ensuite des liaisons régulières entre l’Angleterre et les États-Unis.

Le Sirius ne fera plus jamais de voyage transatlantique.

La première traversée transatlantique depuis la France

En France, l’État s’empare du sujet en 1847. Il passe un marché avec la toute nouvelle compagnie maritime Hérout et de Handel pour l’exploitation de la ligne Le Havre – New York.

Le gouvernement livre à la compagnie, pour un délai de 10 ans, les bateaux à vapeur New-York, Missouri, Philadelphie et Union en échange de la gratuité du transport postal.

Le 22 juin 1847, la toute première traversée transatlantique au départ de la France s’effectue à Cherbourg car les infrastructures portuaires du Havre ne sont pas encore opérationnelles. L’Union quitte le port avec 150 passagers.

En 1848, la compagnie Hérout et de Handel fait faillite en raison des nombreuses avaries de ses navires.

Emblème de la Compagnie Générale Transatlantique ©Archives nationales du monde du travail
Emblème de la Compagnie Générale Transatlantique ©Archives nationales du monde du travail

En 1855, une toute nouvelle compagnie voit le jour, la Compagnie Générale Transatlantique.

Elle obtient en 1864 la concession de la ligne Le Havre-New York. La compagnie française ayant sa tête de ligne au Havre, les compagnies étrangères utilisent principalement le port de Cherbourg.

 

Il offrait à la fois une vaste rade abritée par une digue (1853) ainsi que ligne ferroviaire jusqu’à Paris (1858).

Cette ligne ferroviaire complète la connexion de Cherbourg avec les grandes régions d’Europe, ouvrant le port aux flux migratoires vers le Nouveau Monde, qui s’amplifient depuis le début du 19e siècle.

Les premières compagnies maritimes à Cherbourg

En 1869 deux compagnies maritimes étrangères testent le port de Cherbourg.

Le 26 avril 1869 la compagnie allemande Hamburg America Line assure une escale avec l’Hammonia à destination de New York.

 

Affiche de la Royal Mail Steam Packet_C° ©Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Le 14 mai 1869, c’est au tour de la compagnie maritime anglaise Royal Mail Steam Packet Company d’effectuer sa toute première escale à Cherbourg avec le Seine, en provenance des Antilles.

Cherbourg connait cette année-là 47 escales de navires transatlantiques, soit 1 175 passagers.

Les transbordements

Mais à cette époque, les infrastructures portuaires de Cherbourg  sont limitées pour accueillir les paquebots.

Ils mouillent dans la rade artificielle qui offre toutefois une qualité de mouillage exceptionnelle à toute heure des marées et en cas de forte houle.

Quai de l’Ancien Arsenal © La Cité de la Mer – Collection J.PIVAIN
Aménagements des pontons pour l'accostage des transbordeurs © La Cité de la Mer - Collection J.PIVAIN

Le transfert des passagers entre la ville et la rade s’effectue sur des petits bateaux à vapeur, les transbordeurs, depuis un débarcadère construit en mai 1869 dans le fossé Chantereyne.

En 1894, cinq appontements en bois sont construits sur le quai de l’ancien arsenal – aujourd’hui dénommé Lawton Collins – pour faciliter l’embarquement des passagers sur les transbordeurs.  

 

Les appontements des Transatlantiques et transbordeurs © La Cité de la Mer – Collection J.PIVAIN
Les appontements des Transatlantiques et transbordeurs © La Cité de la Mer - Collection J.PIVAIN

Les compagnies maritimes adoptent pleinement ce système et font venir leurs propres transbordeurs dans le port et trouvent un accord avec la Compagnie des Chemins de Fer de l’Ouest pour qu’elle affrète des trains spéciaux transatlantiques.

De plus en plus de passagers

En 1897, 143 transatlantiques embarquent ou débarquent 5 770 passagers grâce à une régularité de service entre Cherbourg et le continent américain.

Le Kaiser Wilhelm der Grosse en rade © La Cité de la Mer – Collection J.PIVAIN
Le Kaiser Wilhelm der Grosse de la Compagnie allemande Norddeutscher Llyod en rade © La Cité de la Mer - Collection J.PIVAIN

La Royal Mail propose des rotations avec les Antilles, le Brésil et l’Argentine.

La Hambourg Amerika Linie propose 1 aller-retour par semaine entre Cherbourg et New York tandis que la compagnie allemande Norddeutscher Llyod, assure 8 départs et 9 retours.

Les premières infrastructures d’accueil des passagers

Le nombre d’escales de transatlantiques augmente d’années en années. En 1905, près de 40 000 passagers transitent par Cherbourg avec 322 escales. La Compagnie des Chemins de fers de l’Ouest crée un service spécial de trains de luxe sur la ligne Paris-Cherbourg.

Train transatlantique © La Cité de la Mer – Collection J.PIVAIN
Train transatlantique © La Cité de la Mer - Collection J.PIVAIN

Sur le ponton, un bâtiment en bois est installé pour accueillir dans de meilleurs conditions une clientèle plus aisée.

En 1907, en raison de la hausse constante des chiffres de fréquentation, les compagnies maritimes émettent le souhait de construite une gare maritime digne de ce nom sur le quai de l’ancien arsenal.

Gare Maritime Transatlantique de 1912 © La Cité de la Mer – Collection J.PIVAIN
Gare Maritime Transatlantique de 1912 © La Cité de la Mer - Collection J.PIVAIN

Il faut attendre l’année 1909 pour que la Chambre de Commerce de Cherbourg entende les doléances des compagnies maritimes et entame les travaux d’une Gare Maritime. Elle est financée par les taxes perçues sur les passagers des transatlantiques en escale à Cherbourg.

Le ravissant édifice de 225 mètres est inauguré le 3 juillet 1912.

En 1913, 557 paquebots et 68 678 passagers embarquent ou débarquent dans cette petite gare.

La Première Guerre mondiale marque un coup d’arrêt des escales. Il faut attendre l’année 1919 pour que les compagnies maritimes étrangères et les paquebots fassent leur grand retour. Cette année-là, la rade accueille 30 paquebots.

Et enfin l’idée d’une grande infrastructure portuaire

En 1922, 10 compagnies maritimes font des escales régulières à Cherbourg :

  • American Line
  • Canadian Pacific Railway
  • Cunard Line
  • France Canada
  • Lloyd Royal Hollandais
  • Red Star Line
  • Royal Mail
  • United State Line
  • United American Line
  • White Star Line

Et 3 compagnies font des escales occasionnelles

  • Booth Line
  • Lloyd Royal Belge
  • Les Chargeurs réunis
Paquebot Montclare de la Canadian Pacific ©La Cité de la Mer – Collection J.PIVAIN
Paquebot Montclare de la Canadian Pacific ©La Cité de la Mer - Collection J.PIVAIN
Paquebot Mauretania de la Cunard Line © La Cité de la Mer – Collection J.PIVAIN
Paquebot Mauretania de la Cunard Line © La Cité de la Mer - Collection J.PIVAIN
Paquebot Zeelendia de la Lloyd Royal Hollandais © La Cité de la Mer – Collection J.PIVAIN
Paquebot Zeelendia de la Lloyd Royal Hollandais © La Cité de la Mer - Collection J.PIVAIN
Paquebot Lapland de la Red Star Line © La Cité de la Mer – Collection J.PIVAIN
Paquebot Lapland de la Red Star Line © La Cité de la Mer - Collection J.PIVAIN
Paquebot Arlanza de la Royal Mail ©La Cité de la Mer – Collection J.PIVAIN
Paquebot Arlanza de la Royal Mail ©La Cité de la Mer - Collection J.PIVAIN
Paquebot Homeric de la White Star Line © La Cité dela Mer – Collection J.PIVAIN
Paquebot Homeric de la White Star Line © La Cité de la Mer - Collection J.PIVAIN

En 1922, Cherbourg passe le cap des 100 000 passagers transatlantiques annuels, doublant la fréquentation d’avant-guerre.

De 1922 à 1925, le nombre de passagers passe de 112 744 à 184 597 et le nombre d’escales de 644 à 877.

Le trafic postal passe de 5 000 sacs en 1895 à 500 000 sacs en 1925.

La Gare Maritime s’avère déjà trop petite pour autant de trafic. L’idée de construire un bâtiment et des infrastructures gigantesques capables d’accueillir autant de paquebots et de passagers dans de bonnes conditions émerge dans l’esprit de représentants du port.

L’objectif est d’attirer la clientèle transatlantique et de développer le trafic des marchandises.

Le saviez-vous ?

Le 22 septembre 1923, la Gare Maritime accueille les passagers en transit de 9 paquebots. Le lendemain, La Presse Cherbourgeoise écrit ces mots :

« La gare maritime ne suffit plus au trafic des escales. Trois ou quatre fois par semaine, les passagers qui s’y trouvent entassés lamentablement et font entendre des plaintes trop justifiées. Le visa des passeports par la police et par les autorités consulaires s’y fait dans des conditions déplorables. »

Le 29 mai 1925, 8 escales de paquebots sont enregistrées dans la même journée. Ce jour-là, près de 2 644 passagers traversent la petite Gare Maritime Transatlantique.

Même si ces journées restent une exception, elles montrent que le nombre de voyageurs transitant par Cherbourg est en constante augmentation.

Le port en eau profonde : le fruit d’une rencontre providentielle

En 1919, Paul MINARD ingénieur en chef et directeur des Travaux Maritimes à Cherbourg depuis plus de 20 ans rencontre dans le train Paris-Cherbourg Camille Théodore QUONIAM, membre de la Chambre de Commerce de Cherbourg et président de Défense des intérêts du port.

P. MINARD qui a déjà à son compte la conception de port des Mielles et bien d’autres infrastructures maritimes à Cherbourg soumet à C.Th QUONIAM son idée d’établir un port en eau profonde pour accueillir de très grands paquebots. C.Th QUONIAM qui souhaite développer l’attractivité de la ville soutient avec ferveur ce projet.

Le 22 novembre 1922, ce grand projet d’aménagement portuaire est reconnu d’utilité publique par le ministre des Travaux Publics. Les travaux seront en grande partie financés par la Chambre de Commerce.

Paquebot Berangaria de la Cunard Line © La Cité de la Mer – Collection J.PIVAIN
Paquebot Berangaria de la Cunard Line © La Cité de la Mer - Collection J.PIVAIN

Du 12 au 23 juin 1923, la Chambre de Commerce organise un voyage d’études à bord du Berangaria afin de visiter et d’étudier les grands ports français et anglais .

Les participants sont :

  • Léon MENUT, Trésorier de la Chambre de Commerce 
  • A.LECOCQ, Ingénieur en Chef des Ponts et Chaussées
  • Marcel CHALOS, Ingénieur des Ponts et Chaussées
  • René LEVAVASSEUR, Architecte de la Chambre de Commerce
  • TYSON, Membre de la Chambre de Commerce
  • Camille Th.QUONIAM, Membre de la Chambre de Commerce.

Un projet ambitieux

À l’issu de ce voyage, l’étude sur l’organisation des ports transatlantiques menée par M. CHALOS et C.Th QUONIAM préconise de doter le port d’une nouvelle Gare Maritime Transatlantique sur un gigantesque môle dans le prolongement de l’avant-port.

Les travaux consistent alors en la réalisation :

  • D’un môle principal pour gagner de l’espace sur la mer
  • D’un quai d’accostage
  • D’une Gare Maritime Transatlantique
  • D’une darse entre le môle et la jetée pour la navigation
  • D’une jetée pour former une petite rade
  • D’un môle secondaire pour la marine marchande

La construction progressive du port en eau profonde

1923 – 1927 : le môle

La construction du môle de 10 hectares est validée par une décision ministérielle le 12 mai 1923.

Les travaux sont confiés à l’entreprise Hersent et débutent le 5 novembre 1923 dans le prolongement du terre-plein qui borde l’avant-port du commerce.

Mole – détails des fondations © CCI Ouest Normandie
Môle - détails des fondations © Collection CCI Ouest Normandie

Pour gagner du terrain sur la mer :

  • 917 pieux de 19 mètres en béton armé sont enfoncés dans les sédiments jusqu’au roc
  • 170 000 m3 de remblai sont versés autour des pieux
  • des blocs de béton sont posés sur le remblai pour former une dalle
Les Flamands et les Jetées © La Cité de la Mer – Collection J.PIVAIN
Les Flamands et les Jetées © La Cité de la Mer - Collection J.PIVAIN

1924 -1927 : la jetée des Flamands

Également confiée à l’entreprise Hersent, la jetée des Flamands située à 500 mètres de la jetée du Homet permet de former une petite rade protectrice dans la grande rade.

1927-1932 : le quai d’accostage, futur Quai de France

L’objectif initial de l’édification de ce quai est de faciliter l’accostage des transbordeurs – quelle que soit la hauteur d’eau – et de transborder les passagers dans de bonnes conditions.

Paquebot Leviathan de l’United States Line © La Cité de la Mer – Collection J.PIVAIN
Paquebot Leviathan de l'United States Line © La Cité de la Mer - Collection J.PIVAIN

Toutefois, la compagnie maritime United States Line souhaite que Cherbourg devienne la tête de ligne du Leviathan en Europe. Pour cela, elle exige que son paquebot accoste à quai. D’autres compagnies maritimes émettent également ce souhait.

Caissons de construction du Quai deFrance en 1930 © CCI Ouest Normandie
Caissons de construction du Quai de France en 1930 © Collection CCI Ouest Normandie

C’est pourquoi en novembre 1925, tandis que les travaux du môle et du quai sont en cours, la Chambre de Commerce de Cherbourg décide de modifier les plans du quai et d’aménager un port en eau profonde.

En septembre 1926, l’ingénieur en Chef des Ponts et Chaussées A. LECOCQ, modifie les plans du quai. Pour accueillir des navires nettement plus imposants, il opte pour une darse profonde de 620 mètres de long et 230 mètres de large.

Les travaux sont confiés le 1er octobre 1927 à la société Christiani et Nielsen et débutent le 20 février 1928.

Le mur du quai transatlantique est conçu avec 21 caissons en béton armé.

Ces caissons de 33 mètres de longueur, 6m20 de largeur et 16 mètres de hauteur, sont fabriqués dans une cale sèche édifiée spécialement à cet effet, puis sont déplacés sur une banquette située en avant de la cale.

Ils sont amenés à leur emplacement par l’intermédiaire de remorqueurs.

Une fois positionné pour former le mur du quai, le travail du fonçage commence.

Les caissons sont donc ajoutés aux ducs d’Albe prévus dans le projet initial.

Ces caissons sont reliés au quai en cours de construction par un terre-plein consistant en un platelage en béton armé.

Escale du De Grasse au Quai de France © Collection CCI Ouest Normandie
Escale du De Grasse au Quai de France © Collection CCI Ouest Normandie

Le 14 mars 1932, C.Th QUONIAM procède à la pose de la dernière pierre du quai d’accostage, en présence des autorités de l’État. Le Quai de France est inauguré.

Le premier transatlantique à faire escale au nouveau Quai de France est le De Grasse, paquebot de la Compagnie Générale Transatlantique, en décembre 1932. 

 

Même si le port en eau profonde est utilisable dès 1932, un rocher récalcitrant empêche l’entrée des transatlantiques ayant besoin d’un fort tirant d’eau. Il doit être éliminé par explosion. La Chambre de Commerce sollicite l’appui de la Municipalité, du Conseil Général et de l’État pour pallier le problème.

C.Th QUONIAM écrit une lettre au Crédit Foncier de France pour obtenir un crédit afin de financer les travaux supplémentaires. Pour l’ensemble de ces travaux, l’emploi de 300 à 500 ouvriers est nécessaire.

Un projet de Gare Maritime Transatlantique refusé

Pour la Gare Maritime Transatlantique, René LEVAVASSEUR propose dans un premier temps un édifice composé trois bâtiments à étage reliés par des escaliers et des passerelles :

Projet initial de la nouvelle Gare Maritime Transtalantique vers 1923 © Collection CCI Ouest Normandie
Projet initial de la nouvelle Gare Maritime Transatlantique vers 1923 © Collection CCI Ouest Normandie
  • un hall des trains
  • une voie charretière couverte pour les véhicules
  • un hall des voyageurs à étages

Sur les plans, l’extérieur du hall des voyageurs donnant sur le quai est orné de mosaïque et de décoration ornementale.

Dès la publication de ce projet, des voix s’élèvent pour déclarer leur opposition.

Le Syndicat des Agents Maritimes Transatlantiques représenté par M.ROSE ne souhaite pas effectuer les opérations de transbordement des passagers dans une zone fortement exposée aux vents de nord-est. Ils préfèrent une amélioration de l’avant-port et la création d’une série d’appontements.

Certains commerçants estiment d’autre part que ce nouvel emplacement est trop éloigné du centre-ville.

Ces opposants sont très vite ralliés par la presse locale.

Plan du projet initial de  de la nouvelle Gare Maritime Transatlantique @ Collection CCI Ouest Normandie
Plan du projet initial de la nouvelle Gare Maritime Transatlantique © Collection CCI Ouest Normandie

Le 15 septembre 1925, Pierre LAVAL, ministre des Travaux Publics, adresse une lettre au préfet de la Manche. Les travaux du môle étant déjà bien avancés, il ne remet pas en cause son emplacement mais exige de réduire le coût de construction de la nouvelle Gare Maritime Transatlantique.

Il demande également à la Chambre de Commerce de créer une commission pour examiner le nouveau projet. La commission est présidée par M. BABIN, Inspecteur Général des Ponts et Chaussées.

La Chambre de Commerce et René LEVAVASSEUR doivent imaginer une autre gare.

Le bâtiment proposé comporte une décoration extérieure importante et est pour ainsi dire conçu dans toutes ses parties pour l’effet architectural. De telles dispositions sont à abandonner. Ce n’est pas au moment où se poursuivent les plus délicates négociations au sujet des dettes de guerre, qu’on peut songer à offrir à la vue des voyageurs américains ou anglais une gare monumentale et fastueuse.

Extrait de la lettre de Pierre LAVAL

1928-1933 : la Nouvelle Gare Maritime Transatlantique

L’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes, organisée à Paris en 1925, offre à l’architecte R. LEVAVASSEUR une source d’inspiration qui répond aux exigences de sobriété du ministre. Succédant à l’exubérance de l’Art nouveau, l’Art déco, au contraire, revient à la pureté des formes et se veut à la fois géométrique et décoratif.

Dessin de la nouvelle  Gare Maritime Transatlantique  © Collection CCI Ouest Normandie
Dessin de la nouvelle Gare Maritime Transatlantique © Collection CCI Ouest Normandie

En 1926, R. LEVAVASSEUR propose de nouveaux plans d’un équipement où tout est conditionné pour la vitesse afin que passagers, bagages et sacs postaux transitent sans se ralentir les uns les autres.

Le 21 août 1926, André TARDIEU, le nouveau ministre des Travaux Publics, donne son accord à l’édification de cette nouvelle gare.

Elle est composée de 4 parties principales.

Le Hall des Transatlantiques

Un Hall des Transatlantiques de 280 mètres de long par 42 mètres de large qui comprend :

Deux Salles des douanes, une Salle des Pas Perdus et deux Salles des émigrants.

Les Salles des douanes servent à :

  • Enregistrer les bagages
  • Contrôler des papiers d’identité

La Salle des Pas Perdus est une salle d’attente. Elle est réservée aux passagers les plus riches. On y trouve :

  • les bureaux des compagnies maritimes
  • les guichets de la Poste et des trains
  • des bureaux de change et de tourisme
  • des boutiques
  • un bar
  • une bibliothèque
  • des toilettes

Les Salles des émigrants sont réservées aux passagers qui quittent définitivement l’Europe.

les émigrant y réalisent :

  • Un contrôle d’identité par les services de police
  • un contrôle sanitaire en salle médicale
Pavillon central de la Salle des Pas Perdus © Collection CCI Ouest Normandie
Pavillon central de la Salle des Pas Perdus © Collection CCI Ouest Normandie
Salle des douanes
La salle des douanes, ou salle des bagages de la Gare Maritime Transatlantique de Cherbourg. © Collection CCI Ouest Normandie

Le Hall des trains

Un Hall des Trains de 240 mètres de long par 40 mètres de large composé de 3 quais desservant 4 voies ferrées connectées directement à la ligne ferroviaire Paris – Cherbourg.

En 1929, la compagnie des Chemins de Fer de l’État étudie la possibilité que le train transatlantique Paris-Cherbourg effectue le trajet en 4 heures afin de rivaliser avec la ligne Paris-Le Havre.

La pose des rails dans la nouvelle gare est effective le 1er janvier 1931. Ces rails permettent l’entrée des trains spéciaux à l’intérieur de la Gare Maritime Transatlantique.

Le Hall des trains de la Gare Maritime Transatlantique © Collection CCI Ouest Normandie
Le Hall des trains de la Gare Maritime Transatlantique © Collection CCI Ouest Normandie
Le Hall des trains de la Gare Maritime  (2)Transatlantique de Cherbourg. © Collection CCI Ouest Normandie
Le Hall des trains de la Gare Maritime (2)Transatlantique de Cherbourg. © Collection CCI Ouest Normandie
Voie charretière de la Gare Maritime Transatlantique © La Cité de la Mer – Collection J.PIVAIN
Voie charretière de la Gare Maritime Transatlantique © La Cité de la Mer - Collection J.PIVAIN

La voie Charretière

Une Voie Charretière de 280 mètres de long par 15 mètres de large sépare le Hall des Transatlantiques du Hall des Trains pour le stationnement des véhicules.

Elle offre une connexion directe sur la route en direction de Paris.

Passerelles

Pour faciliter l’embarquement et le débarquement entre le paquebot et le Hall Transatlantique des passagers,  9 passerelles mobiles glissent le long d’une galerie d’accostage longue de 500 mètres.

Les bagages à main accompagnent les passagers sur un tapis roulant très moderne pour l’époque.

Passerelles mobiles © Collection CCI Ouest Normandie
Passerelles mobiles © Collection CCI Ouest Normandie
Tapis roulant à bagages des passerelles mobiles © Collection CCI Ouest Normandie
Tapis roulant à bagages des passerelles mobiles © Collection CCI Ouest Normandie

L’architecture

Le squelette de la Gare Maritime Transatlantique est en béton armé recouvert de briques claires et de 30 000 pierres reconstituées à partir de 3 000 moules.

Les briques viennent de la briqueterie de Montereau, en Seine-et-Marne.

Les pierres de granit reconstituées sont composées de graviers des carrières de Maupertus à coté de Cherbourg. Les pierres ont été arrosées de sable pour les décaper et pour leur donner un aspect violacé. C’est un effet voulu par René LEVAVASSEUR.

Aux murs, les vitres sont en verre cathédrale. Le verre cathédral est un verre décoratif en relief.

Une partie de la toiture est constituée d’une verrière pour apporter de la lumière naturelle. L’autre partie est réalisée en plaques de cuivre. Avec le temps, le cuivre devient vert. C’est un effet voulu par l’architecte.

Armature en béton armé de la Gare Maritime Transatlantique ©Collection Georges LETOURNEUR
Armature en béton armé de la Gare Maritime Transatlantique ©Collection Georges LETOURNEUR
Toiture de la Gare Maritime Transatlantique © Collection CCI Ouest Normandie
Toiture de la Gare Maritime Transatlantique © Collection CCI Ouest Normandie

Les motifs décoratifs extérieurs

Des formes géométriques et épurées de style Art déco décorent les façades :  triangles,  vagues, motifs végétaux stylisés

Des motifs symboliques complètent l’ensemble :

  • Sur le Campanile, des monstres marins de 4 mètres de hauteur  
  • Sur le Hall des Trains, les armoiries de la ville de Cherbourg
  • Sur le Hall des Transatlantiques, un paquebot à 3 cheminées et un transbordeur
Façade décorée de la Gare Maritime Transatlantique © Collection CCI Ouest Normandie
Façade décorée de la Gare Maritime Transatlantique © Collection CCI Ouest Normandie
Campanile de la Gare Maritime Transatlantique © Collection CCI
Campanile de la Gare Maritime Transatlantique © Collection CCI Ouest Normandie

La décoration par Marc SIMON

En 1932, la décoration de la Salle des Pas Perdus et le salon privatif est confiée à l’Atelier Marc Simon.

La Salle des Pas Perdus est décorée avec :

  • des lambris en acajou de Cuba
  • des plinthes en marbre
  • des moulures
  • des luminaires suspendus
  • une peinture ocrée

Le plafond du Buffet bar est un vitrail en pièces de verre géométriques de différentes couleurs. Le mobilier est composé de chaises en bois et cuir. La Salle des douanes est composée de bois précieux :

  • parquet en teck
  • comptoir à bagages en chêne

Des décorations triangulaires en métal martelé sont suspendues au plafond.

Dessin du pavillon central de la Salle des Pas Perdus par l’Atelier Marc Simon © Bibliothèque Municipale de Cherbourg-en-Cotentin
Dessin du pavillon central de la Salle des Pas Perdus par l'Atelier Marc Simon © Bibliothèque Municipale de Cherbourg-en-Cotentin
Buffet Bar dans le Pavillon central de la Salle des Pas Perdus© Collection CCI Ouest Normandie
Buffet Bar dans le Pavillon central de la Salle des Pas Perdus © Collection CCI Ouest Normandie

Les mosaïques GENTIL et BOURDET

René LEVAVASSEUR confie la décoration du sol sur les lieux de passages des voyageurs à l’établissement parisien Gentil et Bourdet.  Les deux architectes céramistes,  Alphonse GENTIL et François Eugène BOURDET sont spécialisés depuis 1900 dans la création et la pose de mosaïques. René LEVAVASSEUR avait déjà fait appel à eux pour création de la mosaïque extérieure de l’Hôtel Atlantique.

Dans la Gare Maritime Transatlantique, les mosaïques sont des brisures de carreaux de grès.

Les brisures sont de 3 couleurs : rouge, noir, beige.

3 motifs sont dessinés :

  • Sur les quais du Hall des trains, les carreaux noirs et rouges sont rassemblés en ilots.
  • Dans les salles des émigrants, les brisures semblent jetées au sol. Cette esthétique est appelée mosaïque de hasard.
  • Dans la Salle des Pas Perdus, le dessin est plus travaillé avec de grands motifs triangulaires. 
Mosaïque « Gentil et Bourdet » du Hall des trains ©La Cité de la Mer
Mosaïque "Gentil et Bourdet" du Hall des trains ©La Cité de la Mer
Mosaïque « Gentil et Bourdet » de la Salle des Pas Perdus ©La Cité de la Mer
Mosaïque "Gentil et Bourdet" de la Salle des Pas Perdus ©La Cité de la Mer
Mosaïque « Gentil et Bourdet » des Salles des émigrants ©La Cité de la Mer
Mosaïque "Gentil et Bourdet" des Salles des émigrants ©La Cité de la Mer

… Sa gare maritime modèle, aux dispositions logiques et au confort moderne, avec son bâtiment des services, sa voir charretière, son hall des trains, le tout dominé par le léger campanile qui s’élève vers le ciel comme un geste d’accueil aux voyageurs venus de l’au delà des mers ou d’au revoir à ceux qui s’en vont vers d’autres horizons.

 

Extrait du discours du Président de la République Albert LEBRUN, le 30 juillet 1933

1933, l’inauguration de la Gare Maritime Transatlantique

Le 30 juillet 1933, à 10h30, les rues de Cherbourg arborent des couleurs de fête et des concerts sont organisés. L’orchestre municipal de Saint-Lô joue quelques airs sur la place de la Fontaine tandis que l’Union lyrique cherbourgeoise entonne d’autres refrains sur la place de la République.

 

L’arrivée du Président Albert LEBRUN dans la Gare Maritime Transatlantique © Collection CCI Ouest Normandie
L'arrivée du Président Albert LEBRUN dans la Gare Maritime Transatlantique © Collection CCI Ouest Normandie

À 11h15, le sifflet de la Bugatti présidentielle retentit en gare de Cherbourg. Le Président de la République, Albert LEBRUN, se dirige au jardin public pour un hommage aux soldats tombés lors de la Grande Guerre.

Le cortège présidentiel se rend ensuite à l’Hôtel de Ville. Albert LEBRUN est accueilli par M. LE BRETTEVILLOIS.

Le Président se rend enfin à la nouvelle Gare Maritime Transatlantique.

 

Inauguration de la Gare Maritime Transatlantique de Cherbourg le 30 juillet 1933
Inauguration de la Gare Maritime Transatlantique de Cherbourg le 30 juillet 1933

À 13h, le ruban de la Gare Maritime Transatlantique est coupé et la visite officielle de la gare commence. Une décoration sobre a été soigneusement choisie par R. LEVAVASSEUR afin de ne pas rompre avec le décor de la gare. La gare est ponctuée de plantes vertes ainsi que de parterres d’hortensias roses et bleus. Une table de plus de 700 couverts est dressée pour recevoir l’ensemble des invités. Des cuisines provisoires sont installées au nord de la salle du banquet.

 

 

Dans l’enceinte de la gare, seules sont autorisées les voitures officielles munies d’un losange tricolore, les piétons porteurs d’un carton d’invitation pour le banquet ou d’une carte de 4 couleurs pour l’accès aux quais 1 et 4 afin de voir la revue navale. En effet, le Président est monté à bord du Vauban, un contre-torpilleur, afin qu’il inspecte la flotte et reçoive les honneurs militaires.

Pendant ce temps, diverses animations sont organisées comme un festival de musique avec la participation de 300 personnes, ou un concours d’élégance automobile. La visite présidentielle s’achève à 18h30.

La Gare Maritime Transatlantique et la petite Jetée © La Cité de la Mer – Collection Jean PIVAIN
La Gare Maritime Transatlantique et la petite Jetée © La Cité de la Mer - Collection Jean PIVAIN
La Gare Maritime Transatlantique et le Quai de France © La Cité de la Mer – Collection Jean PIVAIN
La Gare Maritime Transatlantique et le Quai de France © La Cité de la Mer - Collection J. PIVAIN

Les Transatlantiques au Quai de France

Un début frileux

Le service transatlantique est transféré dans la nouvelle Gare Maritime Transatlantique le 1er juin 1933.

Le Bremen est le premier transatlantique à accoster régulièrement au Quai de France le 14 avril 1934.

 

Escale du Bremen, le 16 avril 1934 © Collection CCI Ouest Normandie
Escale du Bremen, le 16 avril 1934 © Collection CCI Ouest Normandie

Les compagnies n’ont pas toujours considéré la construction du Quai de France comme un avantage.

La Cunard Line est encore hésitante à y faire accoster ses navires. La darse creusée n’est pas assez profonde pour accueillir de si grands paquebots comme le Queen Mary. Les commandants de bord prennent trop de risque à s’approcher du quai.

 

Une de L’Ouest-Éclair, 28 mai 1936 © gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Une de L’Ouest-Éclair, 28 mai 1936 © gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Le 27 mai 1936, le Queen Mary jette l’ancre dans rade de Cherbourg. Par l’intermédiaire des transbordeurs, il accueille 152 passagers venus de Paris.

La construction de ce nouveau quai ne signifie donc pas la fin de l’activité de transbordement.

Le 14 décembre 1936, c’est au tour du Normandie, fleuron de la Compagnie Générale Transatlantique, d’entrer dans la rade de Cherbourg en raison d’une tempête.

Des travaux de dragage sont donc entrepris par la Chambre de Commerce en décembre 1936 et après de longs mois, les agents de la Cunard Line autorisent enfin ses paquebots à s’amarrer au Quai de France.

Le remorquage de la rade au quai

Afin de permettre aux transatlantiques d’accoster sans encombre au Quai de France, des remorqueurs sont mis en place dans le port de Cherbourg. Une société est créée en 1930 : la Société Cherbourgeoise de Remorquage et de Sauvetage sous la direction de M. RACINE. Celle-ci fait l’acquisition de 5 transbordeurs auprès des compagnies maritimes et les rebaptise : Ingénieur Cachin (ex Alsatia), Alexis de Tocqueville (ex Lotharingia), Bretonnière N°1 (ex Atlanta), Ingénieur Minard (ex Nomadic) et Ingénieur-Reibell (ex Traffic). Tous les paquebots désirant accoster au Quai de France doivent faire appel à cette société.

 

Le Queen Mary au Quai de France © Collection Privée
Le Queen Mary au Quai de France © Collection Privée

Le 14 avril 1937, le Queen Mary réalise son premier accostage au Quai de France. Six remorqueurs se portent vers lui. Il est remorqué par l’Abeille 21 et le Cherbourgeois 2, guidé par l’arrière par l’Abeille 16 et le Cherbourgeois 5 et encadré par les Cherbourgeois 3 et 4.

Une Gare Maritime Transatlantique avec… un train de retard

La construction de la nouvelle Gare Maritime Transatlantique commence alors que les États-Unis ont voté une série de lois imposant un quota d’immigrants. Après 1921, seuls 353 747 européens auront la possibilité d’entrer annuellement aux États-Unis alors que pour cette même année 800 000 immigrants y ont trouvé une nouvelle patrie. Après les États-Unis, c’est au tour du Brésil et de l’Argentine d’engager une politique de restriction du nombre d’immigrants sur leur territoire.

De plus, la crise de 1929 a largement ralenti l’émigration européenne à partir de Cherbourg. Les 6 années de construction de la gare se déroulent donc dans un climat de régression de l’émigration et de baisse de fréquentation des passagers. La Gare Maritime Transatlantique ouvre ses portes alors que la période faste des transatlantiques à Cherbourg se termine.

Au cours des 7 années qui suivent l’inauguration, de 50 000 à 80 000 passagers arpentent chaque année la gare transatlantique.

Le 4 janvier 1931, en raison des mauvais résultats enregistrés par les compagnies de navigation, le nombre des escales est revu à la baisse par un certain nombre d’entre elles. La Cunard décide de supprimer la liaison Southampton-Cherbourg-Québec, tandis que le nombre de ses escales au cours de la saison estivale est réduit de 15 à 7.

La Lloyd Royal Hollandais quitte définitivement Cherbourg au profit de Boulogne. Le trafic des émigrants est également révélateur de cette baisse de passagers. En effet, en décembre 1933, l’Hôtel Atlantique ferme ses portes. La venue des émigrants de façon organisée n’est plus de mise dès le début des années 1930.

Face à cette situation, les agences maritimes de Cherbourg se voient dans l’obligation d’opérer des licenciements. Pourtant, tous ces aspects négatifs n’empêchent cependant pas la Chambre de Commerce de croire en son projet.

1939-1944, une Gare Maritime Transatlantique occupée

1939-1940, l’occupation britannique

Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, Cherbourg devient un port stratégique pour les Britanniques.

1940, les soldats britanniques quittent Cherbourg © Bibliothèque Jacques Prévert – Ville de Cherbourg-en-Cotentin
1940, les soldats britanniques quittent Cherbourg © Bibliothèque Jacques Prévert - Ville de Cherbourg-en-Cotentin

En septembre 1939, Londres envoie en France des troupes formant le « Corps expéditionnaire britannique » commandé par le général Gort.  300 000 hommes environ transitent par Cherbourg et sa Gare Maritime Transatlantique avant d’être dirigés vers le front ou des bases arrière de l’armée britannique.

Le 10 mai 1940, les Allemands passent à l’offensive et transpercent les défenses françaises. Quelques jours plus tard, 30 000 Britanniques sont rapatriés vers Portsmouth à partir de Cherbourg.

Le 18 juin 1940, alors que le général De Gaulle lance un appel à la Résistance en direction des Français sur la radio anglaise BBC, les tous derniers contingents anglais quittent Cherbourg. Les Allemands sont déjà aux portes de la ville.

1940-1944, l’occupation Allemande

Le lendemain, 19 juin, malgré la tentative de résistance la ville tombe aux mains de la 7e division blindée allemande. L’armée allemande occupe le port et installe une ceinture de défense autour de Cherbourg qui lui vaudra le nom de « forteresse ».

La Gare Maritime est réquisitionnée. Pendant 4 ans, elle sert de base pour le matériel en provenance d’Allemagne par trains.

Au soir du du Débarquement des Alliés, le 6 juin 1944, la ville de Cherbourg est isolée, sans téléphone, sans communication. Selon les plans alliés, Cherbourg doit être libérée 8 jours après le Débarquement. Il en faudra finalement 20.

À partir du 12 juin, le plan de destruction des installations portuaires de Cherbourg est mis à exécution par les Allemands :

  • 95 % des quais sont détruits, notamment le Quai de France et le Quai de Normandie qui bordent la darse transatlantique en eaux profondes,
  • Les passes et les entrées des bassins sont bloquées par les bateaux sabordés et minés,
  • La Gare Maritime Transatlantique est partiellement détruite. Son campanile, culminant à près de 75 mètres au-dessus du niveau de la mer, explose le 23 juin.
  • La totalité de la rade est minutieusement minée
  • L’Avant-port de commerce et le bassin à flot souffrent de dommages moindres mais le pont tournant est inutilisable.
Vue aérienne de la Gare Maritime Transatlantique de Cherbourg en 1944 © NARA
Vue aérienne de la Gare Maritime Transatlantique de Cherbourg en 1944 © NARA
La Gare Maritime Transatlantique de Cherbourg détruite en 1944 ©NARA
La Gare Maritime Transatlantique de Cherbourg détruite en 1944 ©NARA
© Conseil Regional de Basse Normandie-National archives USA
Une partie du Hall des Transatlantiques a disparu ©NARA

1944, la Gare Maritime Transatlantique en ruine

Le 26 juin 1944, Cherbourg est libéré. Espérant prendre le port sans trop de destructions, les Américains se trouvent au contraire devant des ruines.

Le commander WALSH (officier des garde-côtes américaines) a pour mission d’évaluer les dégâts du port. Effaré par l’étendue des dégâts, il en fait le rapport par radio à 17h. Des wagons encore chargés de mines dans le Hall des Trains montrent que le dynamitage n’était pas encore achevé. Les structures portuaires sont réquisitionnées pour les besoins de la guerre et la future reconstruction des États européens. 

Le 6 juillet 1944, les travaux de la Gare Maritime Transatlantique sont confiés au 333e régiment de Service spécial du Génie américain.

Avant toute démarche de reconstruction, il est indispensable de passer par une phase de déblaiement. Les passerelles dynamitées sont évacuées. Les monceaux de béton armé ont été éliminés à l’aide d’explosifs afin de les rendre déplaçables. La darse transatlantique est débarrassée des navires coulés. Au total, 30 000 m3 d’enrochement de remblai sont dragués et 13 000 m3 de béton sont démolis.

La Gare Maritime Transatlantique joue un rôle important dans le transport de troupes et l’évacuation des blessés. Ainsi, près de 107 000 soldats sont débarqués à Cherbourg tandis que 208 000 hommes sont évacués. Parmi eux, 116 500 blessés arrivent directement via les trains hôpitaux à la Gare Maritime Transatlantique. Ils sont ensuite transportés dans les navires hôpitaux capables d’accoster dès septembre 1944 au Quai de France.

Même si les travaux du Quai de France sont des aménagements en bois qui ne pourront être pérennisés, le port transatlantique est à nouveau utilisable fin novembre 1944. Le 14 octobre 1945, les autorités civiles françaises sont autorisées par les troupes américaines à reprendre la gestion du port.

Le 333e régiment de Service spécial du Génie américain © NARA
Le 333e régiment de Service spécial du Génie américain © NARA
Navire hôpital arrivant au Quai de France © NARA
Navire hôpital arrivant au Quai de France © NARA

L’attente de la reconstruction

1946, la Gare Maritime Provisoire

Après à la restitution du port, les autorités civiles décident de créer une petite gare provisoire en attendant la réhabilitation de la Gare Maritime Transatlantique.

Elle est inaugurée en 1946 en présence de M. LE HENAFF, Secrétaire de cabinet du Ministre des Travaux Publics.

Tente métallique faisant office de gare maritime © Collection CCI Ouest Normandie
Tente métallique faisant office de gare maritime © Collection CCI Ouest Normandie

Se situant à l’extrémité Sud-Ouest du Quai de France, cette gare consiste en 2 tentes métalliques d’une superficie de 500 m2 aménagées en salle des Pas Perdus et en salle des douanes.

En 1946, 24 000 passagers transitent par la gare provisoire

 

Gare Maritime Transatlantique provisoire 1948-1952 © Collection CCI Ouest Normandie
Gare Maritime Transatlantique provisoire 1948-1952 © Collection CCI Ouest Normandie

Un hangar destiné au fret est construit en 1947 mais il est vite destiné à remplacer les 2 tentes métalliques.

Ce hangar est inauguré en 1948 en qualité de Gare Maritime Transatlantique.

1946, le retour des paquebots dans la rade

Le 4 mai 1946, l’Île de France, de la Compagnie Générale Transatlantique revoit les voyageurs fouler ses ponts.

Le paquebot en provenance de Boston débarque à Cherbourg 142 passagers et 46 hommes d’équipage dans la rade.

Cette journée marque la reprise du trafic transatlantique à Cherbourg.

Les Cherbourgeois découvrent le tout nouveau Queen Elizabeth de la Cunard Line le 7 avril 1948

Une semaine plus tard, le Queen Mary signe son retour dans la rade.

Le Quai de France et la Gare Maritime Transatlantique sont en cours de reconstruction. Il faudra attendre quelques années pour voir les deux paquebots s’amarrer à quai.

L’Ile de France © La Cité de la Mer – Collection E.BARD
L'Ile de France © La Cité de la Mer - Collection E.BARD
le Queen Mary et le Queen Elizabeth © La Cité de la Mer – Collection E.BARD
Le Queen Mary et le Queen Elizabeth © La Cité de la Mer - Collection E.BARD

La réhabilitation du port en eau profonde.

La Chambre de Commerce de Cherbourg décide très vite de remettre en état le port en eau profonde pou accueillir à nouveau les paquebots à quai.

1946, le Ministre Jules MOCH visite la Gare Maritime Transatlantique © Collection CCI Ouest Normandie
1946, le Ministre Jules MOCH visite la Gare Maritime Transatlantique © Collection CCI Ouest Normandie

Le 27 juillet 1946, à l’invitation de la Chambre de Commerce, le Ministre des Travaux Publics et des Transports, Jules MOCH se rend à Cherbourg. Cette visite doit lui permettre de se rendre compte des importantes destructions subies dans le port.

L’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, Raymond FLEURY, a mis au point un projet de reconstruction du Quai de France.

Le saviez-vous ?

L’objectif de la visite de Jules MOCH à Cherbourg le 27 juillet 1946 est double. Non seulement, il doit constater l’état de de destruction du port de Cherbourg mais aussi assister à la réception officielle, du paquebot ex-allemand Europa qui portera le nom symbolique de Liberté.

Le paquebot est donné à La Compagnie Générale Transatlantique au titre de dédommagement de guerre.

6 juin 1948, Visite à Cherbourg de M. Vincent AURIOL, Président de la République © Collection CCI Ouest Normandie
6 juin 1948, Visite à Cherbourg de M. Vincent AURIOL, Président de la République © Collection CCI Ouest Normandie

En juin 1948, à l’occasion des commémorations du Débarquement, le Président de la République Vincent AURIOL, se rend dans plusieurs villes normandes dévastées par la guerre. À Cherbourg, le 6 juin, il réaffirme la volonté de l’État de reconstruire le port.

C’est notre devoir, c’est aussi notre intérêt, car il est bien vrai qu’il n’est pas de prospérité ni de reconstruction isolées de la prospérité et de la reconstruction de l’ensemble de la France.
Il nous tarde donc de voir se rétablir les grands courants de circulation humaine et matérielle qui seront pour Cherbourg comme pour tous nos ports les signes du relèvement définitif et tout a l’heure en effet, j’ai trouvé utile la construction des quais pour les grands transatlantiques, et c’est là qu’est, je le répète, non seulement la prospérité de votre ville, mais la prospérité de la France, car les devises apportent une contribution au financement.  Oui, nous le répétons, le port de Cherbourg sortira de ses ruines plus puissant encore qu’il ne l’était avant guerre, et si vos dirigeants ont magnifiquement œuvré dimanche, vous avez, vous aussi, Cherbourgeois, votre très large part dans ce succès, et vous devez en être largement félicités.

 

Discours du Président de la République, Vincent AURIOL, le 6 juin 1948

1948-1952, la reconstruction du Quai de France

L’État décide donc de participer à la remise en fonctionnement d’un certain nombre de ports dont celui de Cherbourg. La décision de réhabiliter le quai du port en eau profonde est prise. Une étude réalisée pour estimer le coût d’une restauration, mais elle s’avère impossible, il faut reconstruire un quai en maçonnerie pleine.

Démolition du platelage – première vue des caissons en octobre 1948 © Collection CCI Ouest Normandie
Démolition du platelage - première vue des caissons en octobre 1948 © Collection CCI Ouest Normandie

Pour stabiliser le quai, des caissons-piles de 5 mètres de large et 2,5 mètres d’épaisseur sont placés sur les anciens caissons, ce qui permet de rétablir un quai de 11 mètres de large. Ces caissons-piles sont fabriqués sur le chantier des Mielles puis amenés par flottage à l’emplacement de l’ancien Quai de France, où ils sont enfoncés à l’air comprimé jusqu’au niveau sain de la roche, puis le tout est rempli de béton.

Une fois mis, ces caissons en place reçoivent à leur sommet une dalle nervurée coiffant l’ensemble du quai et débordant sur la darse transatlantique.

1948-1952, la  renaissance de la Gare Maritime Transatlantique

Concernant la Gare Maritime Transatlantique, le phase de reconstruction débute en 1948 selon des plans réalisés à nouveau par l’architecte René LEVAVASSEUR.

Le Hall des Trains est reconstruit selon les dimensions initiales mais sa façade sud est simplifiée.

Le Hall des Transatlantiques, au sud, n’est pas reconstruit ainsi que le pavillon central de la Salle des Pas Perdus. 

Plan de la façade Sud du Hall de Transatlantique reconstruit © CCI Ouest Normandie
Plan de la façade du Hall de Transatlantique reconstruit © CCI Ouest Normandie

Le Campanile, qui dominait la gare, n’est pas relevé.

La place largement dégagée est prévue pour l’aménagement d’un parc automobile.

Les automobilistes arriveront par l’escalier sud de la Voie Charretière.

L’aile nord  du Hall des Transatlantiques est complètement réaménagée. Pour la décoration des intérieurs, l’Atelier Marc Simon est à nouveau sollicité en 1951. Étant donné qu’il n’est plus question d’immigration, la salle des émigrants originalement prévue à cet effet reçoit des devantures de boutiques sur tout son pourtour est devient la nouvelle Salle des Pas Perdus. 

Afin de réduire le coût du chauffage, des faux plafonds équipés de verrières sont installés, laissant entrer le soleil. 

 

La vaste tâche de la reconstruction du port transatlantique de Cherbourg n’est certes, pas encore parvenue à son terme et l’effort développé depuis la libération devra être encore soutenu pendant les prochaines années ; mais d’ores et déjà, les plus grandes unités de la flotte mondiale, qui en sont  les fidèles visiteurs, ont retrouvé à Cherbourg, cette possibilité si précieuse de choix, entre les plus rapides escales en rade et les venues à un quai doté du meilleur équipement pour les accueillir, avec le maximum de sécurité pour le navire et de confort pour le passager.

Alain Pages, Ingénieur des Ponts et Chaussées

1952, une seconde inauguration de la Gare Maritime Transatlantique

L’inauguration de la Gare Maritime Transatlantique prévue le 8 mai 1952 est reportée au 22 en raison des élections au Conseil de la République. Antoine PINAY, Président du Conseil de la République, inaugure une gare partiellement réhabilitée. Seules les parties nord ont été relevées, et la salle d’attente est en cours de réaménagement.

Inauguration de la Gare Maritime Transatlantique, le 22 mai 1952 ©Collection CCI Ouest Normandie
Inauguration de la Gare Maritime Transatlantique, le 22 mai 1952 ©Collection CCI Ouest Normandie

Le 22 mai 1952 à 11h, l’autorail présidentiel se fait entendre et Antoine PINAY est accueilli sur le quai n°1. Après diverses présentations, M. BESSON, membre du personnel de la Gare Maritime Transatlantique, présente les ciseaux au Président pour que ce dernier coupe le ruban. Le cortège se dirige vers la passerelle nord pour accéder à la Salle des Pas Perdus où ont été réaménagés les bureaux.

Le groupe gagne par le Sud la salle des douanes et la galerie nord. Après s’être rendus sur le quai, les invités regagnent la gare provisoire où est organisé le banquet officiel. La journée se clôture par une série de discours.  À 18h50, Antoine PINAY quitte Cherbourg.

1952, le retour des paquebots au Quai de France

Le 8 mai 1952, le Queen Mary fait son grand retour au Quai de France, où il est salué avec une grande ferveur. Le paquebot n’était pas revenu accoster à Cherbourg depuis le 30 août 1939.

La Cunard décide de reprendre le chemin de la Gare Maritime Transatlantique pour y faire des escales régulières puisque le Queen Elizabeth entre dans la rade par la passe ouest à 13h40 le 26 mai 1952. Cinq remorqueurs se portent vers lui.

L’accostage au Quai de France se fait à 14h26. 920 passagers sur les 2 225 que compte le Queen Elizabeth à son bord débarquent à Cherbourg. À bord se trouvent le Duc et la Duchesse DE WINDSOR ainsi que l’acteur Gregory PECK qui se rend à Rome pour tourner le film Vacances romaines. Trois trains spéciaux sont affrétés.

La Royal Mail revient aussi à quai sur la ligne Atlantique Sud vers Buenos Aires avec ses navires Alcantara et Andes.

Escale du Queen Mary le 8 mai 1952 © Collection CCI Ouest Normandie
Escale du Queen Mary le 8 mai 1952 © Collection CCI Ouest Normandie
Bulletin d’escales à Cherbourg – Cunard Line – mai 1952 © Collection CCI Ouest Normandie
Bulletin d'escales à Cherbourg - Cunard Line - mai 1952 © Collection CCI Ouest Normandie
Le Queen Elizabeth et l’Andes en escale au Quai de France en 1952 © Collection CCI Ouest Normandie
Le Queen Elizabeth et l'Andes en escale au Quai de France en 1952 © Collection CCI Ouest Normandie
Bulletin d’escales à Cherbourg ROYAL MAIL – juillet-décembre 1952 © Collection CCI Ouest Normandie
Bulletin d'escales à Cherbourg ROYAL MAIL - juillet-décembre 1952 © Collection CCI Ouest Normandie

Et des stars…

Pendant les escales cherbourgeoises, les stars défilent dans la Salle de Pas Perdus et le Hall des trains.
Jamais loin, le photographe de La Presse de la Manche, Jean-Marie LEZEC, capture des images uniques qui témoignent aujourd’hui encore de la vie de la Gare Maritime Transatlantique.

 

 

1971, Salvador DALI embarque sur Le Bremen à destination de New York © Photo Jean-Marie LEZEC
1971, Salvador DALI embarque sur Le Bremen à destination de New York © Photo Jean-Marie LEZEC
1964, Elizabeth TAYLOR et Richard BURTON en provenance de New York à bord du Queen Elizabeth © Photo Jean -Marie LEZEC
1964, Elizabeth TAYLOR et Richard BURTON en provenance de New York à bord du Queen Elizabeth © Photo Jean -Marie LEZEC
1963, Le 34e président des États-Unis, D.EISENHOWER et son épouse descendent du Queen Elizabeth © Photo de Jean-Marie LEZEC
1963, Le 34e président des États-Unis, D.EISENHOWER et son épouse descendent du Queen Elizabeth © Photo de Jean-Marie LEZEC
Le saviez-vous ?

En septembre 1952, l’acteur-cinéaste britannique Charlie CHAPLIN fait une escale à bord du Queen Elizabeth en provenance de New York.

Il vient d’apprendre sur le paquebot que les États-Unis ne ratifieront pas son visa de retour sans un passage préalable devant une commission d’enquête.

L’événement est important puisque près de 80 journalistes et autres reporters viennent à Cherbourg. Ils sont invités à monter à bord du navire dans l’espoir de réaliser une photographie ou obtenir une interview.

Jean-Marie LEZEC capture une célèbre photo de Charlie CHAPLIN et de sa famille.

1952, Charlie CHAPLIN et sa famille à bord du Queen Elizabeth © Photo Jean-Marie LEZEC
952, Charlie CHAPLIN et sa famille à bord du Queen Elizabeth © Photo Jean-Marie LEZEC

Une Gare Maritime Transatlantique qui s’essouffle

Du paquebot à l’avion…

Dès le 28 février 1948, le ministère des Travaux Publics classe le terrain d’aviation de Cherbourg-Maupertus parmi les aérodromes ouverts sans restriction à la circulation aérienne publique.

En 1955, les voyageurs en provenance de New York sont plus nombreux à emprunter l’avion que le paquebot. L’aéroport de Cherbourg-Maupertus, axé sur le trafic aérien transmanche rencontre à la même époque plus de succès que le port. En 1957 sont enregistrés 49 552 passagers.

1967, dernière escale du Queen Mary à Cherbourg © La Cité de la Mer – Collection D. GALBADON
1967, dernière escale du Queen Mary à Cherbourg © La Cité de la Mer - Collection D. GALBADON

Les compagnies de transatlantiques perdent de l’argent en laissant naviguer leurs géants des mers sur les lignes de l’Atlantique Nord. Le 8 mai 1967, la Cunard annonce sa décision de retirer du service le Queen Mary et le Queen Elizabeth.

Le Queen Mary quitte pour la dernière fois le Quai de France le 27 septembre 1967. En novembre 1968, c’est au tour du Queen Elizabeth de faire ses adieux. Le bureau de la Cunard Line installé à Cherbourg depuis 1934 ferme ses portes le 7 novembre.

Du Transatlantique au transmanche          

En 1962, un projet est lancé par la compagnie norvégienne Thoresen. Elle souhaite organiser des liaisons Cherbourg-Weymouth.

Le 2 mai 1964, le Viking 1, un car-ferry de la compagnie, effectue sa première rotation. Le navire a une capacité d’accueil de 800 passagers et 180 automobiles. Il accoste grâce à une passerelle métallique de 46 mètres, aménagée spécialement pour lui.

 

1966, le Queen Elizabeth et un ferry en escale © Photo Jean-Marie LEZEC
1966, le Queen Elizabeth et un ferry en escale © Photo Jean-Marie LEZEC

Le Viking 2 vient rapidement renforcer les rotations. Ces liaisons rencontrent un succès immédiat puisqu’en moins de 4 mois plus de 131 000 passagers choisissent ce nouveau moyen de transport, pour 33 000 voitures.

La compagnie décide alors de créer des rotations Cherbourg-Southampton qui sont également un succès.

Les cherbourgeois voient alors des ferries et des paquebots cohabiter.

Le trafic transmanche prend de l’ampleur et une 3e passerelle est installée fin mars 1980. 

Une Gare Maritime Transatlantique « amputée »

Avec la disparition progressive des paquebots, la Chambre de Commerce ne voit plus d’utilité à la Gare Maritime Transatlantique de 1933. Pour dégager des terre-pleins pour le trafic de marchandises (granit, conteneurs), elle décide de la détruire. 

1979, Destruction de la galerie Nord de la Gare Maritime Transatlantique © Photo Jean-Marie LEZEC
1979, Destruction de la galerie Nord de la Gare Maritime Transatlantique © Photo Jean-Marie LEZEC

Le 7 novembre 1978, un projet de reconstruction d’une zone pour accueillir des conteneurs transatlantiques voit le jour, comprenant la destruction de la galerie nord de la Gare Maritime Transatlantique. La 1re tranche de démolition est réalisée les 10 et 11 avril 1979.

 

1982, destruction de la galerie extérieure sud © Photo Jean-Marie LEZEC
1982, destruction de la galerie Sud © Photo Jean-Marie LEZEC

En mars 1982, la galerie d’embarquement sud est dynamitée. Seule la dernière travée de l’extrémité sud est conservée. Elle demeure actuellement la seule trace qui donne une idée de la longueur totale du bâtiment principal.

La partie centrale du Hall des Transatlantiques, reconstruite en 1952, est quant à elle également démolie.

1989, l’inscription à l’inventaire supplémentaire

En 1986, le service régional des affaires culturelles propose que la Gare Maritime Transatlantique soit classée monument historique dans le cadre de la protection du patrimoine architectural de la période 1900-1960. 

Le dossier aboutit le 27 décembre 1989 par une inscription à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques du patrimoine architectural des années Trente. Cette inscription comprend le Hall des Trains et la Voie Charretière, avec leurs équipements, les façades et les toitures du Hall des Transatlantiques, ainsi que les deux passerelles mobiles d’embarquement.

Le 16 août 2000, le Hall des Transatlantiques est également inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.

Cette inscription protège la Gare Maritime Transatlantique de toute nouvelle destruction.

La renaissance de la Gare Maritime Transatlantique

La Gare Maritime Transatlantique est sauvée. De nombreuses idées émergent pour valoriser le bâtiment notamment un musée naval.  Dans le même temps, un autre bâtiment mérite d’être sauvé. Le premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins, Le Redoutable est désarmé en 1991. Il était la fierté des cherbourgeois car il avait été construit à Cherbourg et inauguré par Charles DE GAULLE.

Les élus de Cherbourg,  et en particulier par Bernard CAUVIN, Président de la Communauté urbaine de Cherbourg, imaginent alors un musée dont les deux bâtiment patrimoniaux seraient accessibles au public. 

Bâche sérigraphiée d’une photo de l’escale du Bremen  prise par Jean-Marie LEZEC © Sylvain GUICHARD
2002, bâche sérigraphiée d'une photo de l'escale du Bremen prise par Jean-Marie LEZEC © La Cité de la Mer - Sylvain Guichard

En 2000, l’architecte Jean-François MILOU est mandaté pour imaginer une Cité de la Mer dont l’écrin serait la Gare Maritime Transatlantique.

La structure en béton armé du Hall des Trains est restaurée car elle présente des fissures et des oxydations.

Seuls les claustras des façades Nord du Hall des Trains sont restaurés. Le verre cathédrale est remplacé par du verre classique.

Des bâches blanches remplacent les claustras des autres façades. 

Le pignon sud est recouvert d’une bâche sérigraphiée par une photographie de l’escale du Bremen prise par Jean-Marie LEZEC.

Ce projet se concrétise le 29 avril 2002 avec l’ouverture de La Cité de la Mer. 

La Salle des Bagages aussi appelée salle sous-douane restaurée en 2003 © La Cité de la Mer – Sylvain Guichard
2003, la Salle des Bagages est restaurée © La Cité de la Mer – Sylvain Guichard

Mais la restauration de la Gare Maritime Transatlantique ne s’arrête pas en 2002.

2004 est l’année qui signe le grand retour des paquebots de la Cunard Line à Cherbourg avec l’escale inaugurale du Queen Mary 2.

Afin d’accueillir le « géant » et ses passagers dans les meilleurs conditions, des travaux de restauration de la verrière zénithale sont engagés dans la Salle des Bagages du Hall Transatlantique en 2003.

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2006, nouvelle façade Sud du Hall Transatlantique - Terminal Croisière © La Cité de la Mer - Sylvain Guichard

En juin 2005, la seconde phase de travaux, dirigée par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Cherbourg est engagée. Elle doit permettre de
créer un nouveau terminal croisière.

L’aménagement est conçu par le cabinet d’architectes Sompairac.

La nouvelle façade de 17 mètres de haut est constituée de panneaux vitrés habillés de cuivre, identiques aux grands versants des toits de la gare. L’ensemble des travaux de réhabilitation est réalisé dans le respect de l’architecture, des matériaux et des ambiances d’origine.

Les luminaires Caillat de style Art déco de 1952 sont à nouveau utilisés.

En décembre 2006, le nouveau Terminal Croisière est inauguré. Les croisiéristes peuvent emprunter les passerelles mobiles de débarquement, inscrites à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques.

L’ossature en béton armé de la Voie Charretière est également remise en état et une verrière neuve est posée.

2014, la verrière de la façade Sud du Hall des trains est restaurée © La Cité de la Mer
2014, la verrière de la façade Sud du Hall des Trains est restaurée © La Cité de la Mer

En 2014, une nouvelle grande phase de travaux est engagée par le Communauté Urbaine de Cherbourg pour supprimer les bâches blanches des façades du Hall des Trains et refaire les verrières des façades. 

la verrière du toit est également refaite.

Le travail de rénovation est confié à Gilles PEETERS, du cabinet d’architectes Boisroux associés.

L’objectif  est atteint : redonner de la lumière naturelle au bâtiment.

Malgré les évènements qui ont conduit à une partie de sa destruction en 1944, la Gare Maritime Transatlantique de Cherbourg-en-Cotentin retrouve au fil du temps sa beauté originelle.

Elle est aujourd’hui, l’un des plus grands monuments de style Art déco de France.

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Profil de l'auteur
Laëtitia LOUCHARD

Documentaliste à la Médiathèque de La Cité de la Mer

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